BMMA : Le champ de bataille numérique

A l’invitation de Valérie Janssens et du BMMA je débattais aujourd’hui avec Christian Van Thillo, Didier Hamman et Laurent Haulotte des problématiques d’accès à l’information lors de l’évènement Le champ de bataille numérique.

Je portais la casquette de celui qui travaille pour un portail généraliste et blogue. « Le méchant » 😉

Outre le plaisir de revoir Didier et Laurent, déjà croisés auparavant et de faire la connaissance de Christian, je dois bien avouer que cet évènement n’aura rien eu de transcendant.

Tout le monde argüant de sa bonne forme, de sa bonne position et de sa bonne stratégie pour affronter l’avenir, c’est gnan-gnan et très 2008 avant septembre.

Sans doute ne sommes nous pas si éloignés dans nos approches, ne lisons-nous que ce qui nous sert dans les études que nous compulsons. Peut-être aussi refusons nous d’admettre que les choses changent. Va savoir.

J’ai commencé ma présentation avec un slide comportant une citation de Machiavel que j’avais lue chez Louis Naugès et que j’ai reprise in extenso.

[…] il n’y a point d’entreprise plus difficile à conduire, plus incertaine quant au succès, et plus dangereuse que celle d’introduire de nouvelles institutions.
Celui qui s’y engage a pour ennemis tous ceux qui profitaient des institutions anciennes, et il ne trouve que de tièdes défenseurs dans ceux pour qui les nouvelles seraient utiles.
Cette tiédeur, au reste, leur vient de deux causes : la première est la peur qu’ils ont de leurs adversaires, lesquels ont en leur faveur les lois existantes; la seconde est l’incrédulité commune à tous les hommes, qui ne veulent croire à la bonté des choses nouvelles que lorsqu’ils en ont été bien convaincus par l’expérience
Le Prince, Chapitre VI

Avec l’air qu’ont les médias à l’heure actuelle je serais curieux de voir ce qui sera dit d’ici à un an.

A titre d’archive je vous mets après le saut le contenu de mon speech de présentation.

Mesdames, Messieurs bonjour,

Comme je vous le laissais entendre dans cette vidéo d’introduction Belgacom Skynet est une entreprise pour qui l’avènement des médias digitaux a représenté d’emblée une opportunité sans jamais être un risque.

Elle a permis à une société qui commercialisait des connections internet de prendre pied dans le marché des médias.

C’est avec l’émergence des médias digitaux, grâce à leur adoption par le plus grand nombre que l’entreprise s’est développée.
Je vous propose durant le temps qui m’est imparti de passer en revue les 3 étapes de ce développement du web du point de vue d’une société comme Belgacom Skynet et plus particulièrement pour ce qui nous occupe dans ce panel sous l’angle de l’accès à l’information.

La première étape est évidemment l’avènement du web

Sur une période de 8 ans de 1995 à 2003 la société Skynet a développé avant tout des applications web puis un premier site portail sous le nom de « belcast.be ». Site qui évoluera en « skynet.be » à la fin du siècle dernier. De part son positionnement « skynet.be » deviendra rapidement le premier portail généraliste belge.
A l’époque la mission du portail était de proposer à tous le meilleur du web sur un site unique.
Nous maintenions un index de sites, un web mail et d’autres services et applicatifs dont un bon nombre sont encore en ligne à l’heure actuelle.

Il s’est agît à cette époque de convaincre les fournisseurs de contenu établis que l’émergence d’un portail n’était pas un danger mais une opportunité et d’établir des liens contractuels avec eux afin d’offrir à nos utilisateurs des archives vidéos, des dépêches d’agence, des cours de bourse, des informations de type magazine ou des éphémérides. Nous ne produisions pas nous agrégions et diffusions des services et informations.

Ce fût une approche gagnante. Les utilisateurs se tournaient progressivement vers l’internet grâce aux offres gratuites et à l’apparition des accès à large bande, ils disposaient d’une information locale riche et diversifiée.

Puis le web2.0 est venu

Après l’explosion de la bulle internet et les difficiles années 2001-2002, l’implication de l’utilisateur, le renouveau des usages en ligne se marque chez Skynet par le lancement d’une plateforme de blogs en 2003, l’apparition progressive des commentaires sous tous les contenus, et la modération de ceux-ci par les utilisateurs.

C’est aussi la période où l’activité régie de la société est réintégrée et où les premiers partenariats avec d’autres sites sont conclus.
Skynet met en place des outils de syndication de contenu, met à disposition de ses utilisateurs des flux RSS, développe un service de page personnalisable sous le nom de « mon.skynet.be ».

Ceci donne l’opportunité à un utilisateur de composer sa propre sélection de sources, de contenus, lui octroie le rôle d’éditeur. Les nouveaux applicatifs du portail l’incite à réagir, à étendre son cercle de contacts.

Skynet offre toujours un contenu généraliste vaste sous sa marque mais une grande partie de son audience est attirée par le contenu produit par les utilisateurs et une frange de ses utilisateurs consulte des contenus et des sources qui ne font pas partie de l’offre de base du portail sur un support totalement personnalisable.

Ces différentes initiatives permettent au portail « skynet.be » de conserver une audience importante dans un marché où les premiers à souffrir du renforcement des sites de presse, leur transformation progressive en portail sont les portails historiques.
La troisième étape est le web en temps réel et la fragmentation de l’attention

Tendance de fond depuis 2006, le web en temps réel est celui qui permet à chacun de consulter à l’instant précis ce qui se discute online. Comment un événement est perçu par ses proches. Comment les témoins d’une tragédie en font rapport.
Twitter, friendfeed, cover it live, qik, storytlr sont quelques-uns des services émergents qui permettent de rendre compte et de diffuser en temps réel ses opinions, informations, photos.

Cette approche, comme les précédentes, ne remplacera pas les usages et les pratiques décrites, elle vient s’ajouter à des usages existants qui évoluent. Elles représentent dès lors des opportunités pour qui sait les employer sur ses sites.

Cette multiplication des options, des supports, des médias induit inévitablement une fragmentation de l’attention et une fragmentation des audiences

Médiatiser l’activité des membres de la communauté, simplifier le partage d’information, seront assurément des pistes de développement que les sites web devront implémenter pour répondre au goût de l’immédiateté qui s’empare des surfeurs ces dernières années.

Pour conclure momentanément et j’espère continuer le débat avec les autres orateurs, je pense que tout site qui a vocation à diffuser de l’information est confronté à une audience dont la volatilité et l’évolution des besoins rendent la fidélisation chaque jour plus difficile. Une marque forte n’est plus gage de prédominance dans un marché où l’immédiateté et l’accessibilité fondent les choix.

C’est donc en accompagnant encore voire en suscitant ces changements que nous pourrons conserver l’attention du public, la légitimité qui en découle et bien entendu les faveurs des annonceurs.

Je vous remercie.

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